L'Euro-méditerranée est un concept et (non seulement) une dénomination, c’est pourquoi nous le qualifions d’euromédien. Autrement-dit, il exprime une compréhension de la réalité, une abstraction … En tant que tel, il qualifie les principes d’action et donc de pensée, caractérisant un objet. Cet objet est le triplet « complexité-diversité-temps». Le concept d’euromédien(ne) signifie alors la dynamique propre à ce triplet et se traduit donc par une méthodologie propre que nous souhaitons construire et développer. Ce qui fonde alors la prétention/ambition universaliste de cette approche est à la fois à chercher dans la genèse de l’affirmation de l’individu face au « collectif » et dans son actualité : - la genèse est celle de l’émergence de l’individu et de son intérêt mais aussi de sa responsabilité. C’est la main invisible de Montesquieu (Hirschman, 1980, page14) qui fait que par la recherche de l’honneur « chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts particuliers ». Cette genèse s’inscrit dans l’émergence de la théorie de l’Etat et de la réflexion concernant la manière d’atteindre le bien être collectif qui est d’ordre divin, et ne commence à être explicitement questionné qu’à partir du 13-14° siècle, et de la responsabilité individuelle de chacun et du Prince en particulier pour gérer le monde réel (page17 et page 34), c’est-à-dire l’art de gouverner les hommes. - Son actualité au regard des questionnements sur le sens du monde, la responsabilité sociale, le bien être collectif (Jensen, 2001), qui nous montre la résurgence du besoin de sens pour lequel d’aucuns (re)mobilisent le divin. Son actualité aussi par l’opposition entre intérêts particuliers et intérêt général qui ne fait que refléter l’absence de sens collectif perçu. Si Ricoeur (1986) peut analyser l’idéologie comme l’expression d’un sens permettant l’action de chacun dont le contraire est la pratique ( et non la science ; voir page 22), mais qui « l’enferme » dans le passé, c’est parce qu’en même temps il affirme l’utopie comme le moyen de sortir du cadre fixé par l’idéologie (voir par exemple page 256, « ce qui est en jeu dans une utopie, c’est le fait d’imaginer une autre manière d’exercer le pouvoir »). De ce point de vue, il y a une très forte proximité avec l’innovation, puisque celle-ci procède d’une certaine manière d’une utopie fondatrice qui permet de sortir du cadre établit, en s’appuyant pourtant sur les ressources du dit cadre. Il s’agit donc d’une qualité managériale déterminante. En effet, dans le champ qui est le notre, il n’est pas possible de penser l’entreprise selon le modèle canonique néo-classique dans lequel elle se confond / se réduit au seul producteur rencontrant d’autres producteurs sur le marché, à savoir la « communauté de producteurs ». Entreprendre est un acte social qui implique les autres sur un territoire ou un espace donné. « Entreprendre avec efficacité suppose de maîtriser l’incertitude relative aux marchés, aux technologies et aux produits futurs, la cohérence de ses propres projets par rapport à ceux des autres agents, partenaires ou concurrents. » (Salais, Baverez, Reynaud, 1999, page 246). Ce pari sur l’avenir concerne autant la relation de travail que celle de crédit. Pour agir, il faut se coordonner et pour ce faire il faut être capable de négocier : « L’enjeu de ces négociations est le modèle d’interprétation à retenir pour « construire la réalité » qui se présente à eux [les agents] comme problème à résoudre » (idem page 197). Autrement dit entreprendre implique une coordination. Celle-ci, peut se décrire selon trois possibilités, datées historiquement à travers les formes de propriété du capital (Salais et alii, pages 230 et suivantes). « Tout d’abord, cette dernière peut inclure les travailleurs sous la forme paternelle des relations de travail ( la responsabilité sociale du modèle paternaliste). Elle peut s’exprimer par un maintien de la propriété du travail et de ses outils par le travailleur lui-même comme on peut l’observer auprès des ouvriers de métiers (la communauté de métiers). Enfin, elle peut se resserrer autour du seul capital matériel et financier comme cela se produit de nos jours. On observe toutefois un épuisement de ces formes qu’exprime la recherche de voies de développement nouvelles associant l’ensemble des acteurs » (voir l’ouvrage de Salais et alii, 1996 ; Jensen, 2001 ; Paranque, 2004). Dès lors, il ne peut y avoir d’entrepreneuriat sans coopération ou relation avec l’environnement. De même, il ne peut exister de territoires sans capacité à créer des richesses et des liens sociaux. Quelles sont alors les formes d’organisation susceptibles de relever ces défis ? Comment construire des nouvelles identités fondées sur les compétences acquises mais aussi sur la reconnaissance de celles à acquérir, à mobiliser ? Quelles conventions – quelles formes sociales sanctionnant l’accord des agents sur les descriptions du monde et leur permettant ainsi de coordonner leurs projets (Salais, page236) – sont nécessaires ? Autrement dit, quelles formes d’organisation inventer pour permettre à chacun d’anticiper et d’agir avec les autres ? Seront-t-elles celles des communautarismes? Ou seront-t-elles celles de nouvelles modernités impliquant des échanges et des collaborations à partir d’un sens construit en commun, c’est-à-dire fondées sur la diversité des relations interpersonnelles inscrite dans un cadre collectif choisi? Après le divin (Béraud, Faccarello, 1992), le prince (Hirschman, 1980), le marché (Alternatives Economiques, 2006) et maintenant l’actionnaire (Jensen, 2001), de quelle figure symbolique avons-nous besoins pour construire le bien être collectif ? *
* J’invite le lecteur curieux à lire « Traité d’athéologie » de Michel Onfray, Grasset, 2005, décapant et intéressant, sur la place de la religion dans la construction de ce bien être collectif dans notre pensée et notre imaginaire.
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