Management de la diversité et de l’action économique - A propos de la création de valeurs
Vos avis sur Jensen M. (2001): « Value Maximization, stakholder theory and the corporate objective function », Bank of America, Journal of applied corporate finance, volume 14, n° 3, october, disponible sur download.

Votre commentaire est très intéressant; maintenant ne devrait on pas parler de maximisation du taux de profit plutôt que du profit (ou de la valeur)? qu'est ce qui est recherché, un revenu ou un revenu ramené à un capital à rentabiliser ?
Rédigé par: Bernard | 26 février 2007 at 07h30
Le patron tranquille et le marché
Ce titre n’est autre que celui de la chronique de Paul Fabra dans Les Echos du vendredi 23 février et disponible sur le net à l’adresse suivante :
http://www.lesechos.fr/info/analyses/4541544.htm
Mr Fabra réagit à un article d’une correspondante japonaise du Financial Times. Celle-ci décris les patrons japonais en gestionnaires type « bon père de famille » et elle s’en indigne, associant ce comportement à un désintéressement de leur entreprise, dont l’intérêt serait selon elle, d’en augmenter la « valeur ». L’attitude normale de tout manager serait dés lors de créer de la valeur pour l’actionnaire, attitude qui garantirait de fortes participations de la part d’investisseurs étrangers et de fonds d’investissements. Mr Fabra indique toutefois que les sociétés japonaises s’efforçant de satisfaire leurs actionnaires sont de plus en plus nombreuses, « même si c’est par peur de succomber à une prise de contrôle », nuance-t-il. La correspondante japonaise du Financial Times conclut son article en évoquant l’analyse d’un financier américain, lequel avance que les managers japonais s’imaginent réaliser leur rêve et celui de leurs salariés grâce à leur entreprise. Pour cette japonaise, un changement de mentalité des ses compatriotes serait favorisé par les « récompenses financières ». Et Paul Fabra de suggérer qu’un Antoine Zacharias ne serait pas hostile à cette conclusion, en allusion au « golden parachute » et aux stock-options de l’ancien administrateur de Vinci.
Mr Fabra pose alors deux questions : les rémunérations colossales des grands patrons constituent-elles en définitive un modèle incitant le marché à tourner toujours plus vite ? Qui du « patron tranquille » ou du partisan des salaires astronomiques, est le « rêveur » le plus dangereux ?
Il démontre alors que les chefs d’entreprises ne sauraient en premier lieu être payés à « créer de la valeur pour les actionnaires » puisque celle-ci n’existe qu’en présence d’une « activité économique dont la finalité est d’offrir sur un marché des produits [. . .] susceptibles d’y être vendus ». Il enfonce le clou un peu plus loin en affirmant : « la raison d’être de l’activité économique est de satisfaire au meilleur prix [. . .] les besoins des clients, c’est-à-dire de quasiment toute la population . . . et de fournir à l’Etat des recettes fiscales adéquates ».
Je suis d’accord avec cette idée de l’entreprise et de l’économie au service de l’échange en lieu et place de la maximisation du profit en tant que fin en soit. Je considère en effet que l’économie doit être mues par la satisfaction des besoins de la population et le bon fonctionnement de l’Etat, garant du « vivre ensemble » de ladite population.
Mais alors que dire d’une théorie qui présente la maximisation du profit comme le moyen de satisfaire la population, de permettre le bien être collectif, du fait des actionnaires qui réinvestiraient lesdits profits pour créer de nouvelles activités et de nouveaux emplois ?
Je pense qu’une telle théorie doit être observées sous deux angles différents :
En fonction de la notion même de maximisation du profit.
En fonction de l’acteur, entrepreneur ou actionnaire, qui la met en œuvre.
La maximisation du profit résulte d’un choix stratégique, un manager, un actionnaire décide de maximiser les profits, c’est un objectif que l’on se fixe. Immanquablement se pose la question du pourquoi de ce choix. En effet, tout choix induit de renoncer à une ou plusieurs autres possibilités. Le choix est donc fait en fonction de critères de comparaison, en fonction de valeurs, en fonction de l’utilité de telle ou telle alternative. Le choix de maximiser le profit ne saurait donc s’arrêter à sa seule réalisation, en d’autres termes, la maximisation du profit n’est pas une fin en soit. Elle a une utilité, c’est-à-dire qu’elle est propre à satisfaire un besoin. Pour certain cela pourra être l’enrichissement personnel, pour d’autre le réinvestissement du capital dans des entreprises émergentes. . .
La maximisation du profit amène à s’interroger sur les intentions des dirigeants et sur les relations entre chefs d’entreprises et actionnaires. Qui est au service de qui ? Doivent-ils travailler de concert ? Les actionnaires sont les propriétaires d’une entreprise. Le chef d’entreprise est responsable du bon fonctionnement de celle-ci, c’est-à-dire qu’il veille à ce qu’elle offre sur un marché un produits à même d’y être vendu. Ceci est le prélude à l’existence de l’entreprise et donc à l’existence des actionnaires. On perçoit combien ces deux statuts sont complémentaires (réflexion pour les cas ou le chef d’entreprise n’est pas, ou pas entièrement, propriétaire de l’entreprise en question). Cela ne fait que renforcer l’importance à accorder au pourquoi de la maximisation du profit. Est-ce pour soi-même ou pour les autres et pour la société ?
Je terminerai en faisant part de mon sentiment selon lequel Paul Fabra oppose très rapidement « le patron tranquille » qui ne se soucierait « nullement d'augmenter la «valeur» de l'affaire » qu'il dirige, à la création de valeur pour l’actionnaire. J’en veux pour preuve l’extrait suivant :
« Elle [la correspondante japonaise du Financial Times] ne cache pas non plus sa totale désapprobation du rôle en quelque sorte subordonné qu'un tel recul par rapport aux slogans universellement colportés laisse au gain : « Pour beaucoup de managers japonais, le profit n'est qu'un sous-produit de leur activité. Pourquoi dans ces conditions se donneraient-ils la peine d'employer les excédents de liquidités qu'ils accumulent soit à acquérir d'autres entreprises, soit à racheter leurs propres actions, soit même à augmenter les dividendes distribués ? » Observons que ces trois stratégies données en exemple sont très différentes l'une de l'autre. La deuxième citée est antinomique avec la première et la troisième. Qu'à cela ne tienne ! Toutes ont pour objet de créer de la valeur pour l'actionnaire. »
Ne peut-on pas parler de valeur pour l’actionnaire lorsque l’on désigne des « excédents de liquidités » accumulées ? En effet, un dirigeant qui possède sa propre entreprise en est en quelque sorte l’actionnaire. Si oui, les trois stratégies citées ci-dessus n’auraient pas pour objet « de créer de la valeur pour l’actionnaire », mais plutôt de choisir quelle utilisation faire de ladite valeur alors accumulée.
Rédigé par: Jean-Marie XIMENA | 26 février 2007 at 07h16
Peut on définir un bien ête économique qui ne soit pas à la fois politique et social?
Rédigé par: Bernard | 21 février 2007 at 09h17
Jean Marie XIMENA note que:
"Ce lien du bien-être social avec l’économie occulte selon moi les valeurs que sont l’amour entre les personnes et la culture. Or ne seraient-elles pas toutes aussi importantes pour définir et rendre compte du bien-être social puisque parties intégrantes de notre vie sociale, de nos relations avec ceux qui nous entourent et de la façon dont nous trouvons ou non une place au sein de la société ?"
Il est vrai, totalement vrai qu'on ne peut résumer le "bien être" à une situation optimale économique. Mais cela va de soit selon moi, le "bien être" n'est point le but de l'économie et lorsque nous lisons dans la littérature économique notamment classique et néo-classique les termes "bien être", "situation optimale", "intérêt général", ils ne qualifient qu'une utopie, qu'une modélisation économique en faisant abstraction des réalités humaines, et ainsi irrationnelles.
Quel bel oxymore que le pilier de la pensée classique qui dicte nos systèmes actuels : "l'Homme Rationnel".
Afin de clore (trop rapidement surement) ce point, je pense que le « bien être » économique doit passer par un prisme politique afin d'accéder à un « bien être » réel, complet, humain.
Concernant le texte de Jensen, il présente une idée principale: la valorisation de l'actionnariat permet d'arriver à une situation optimale pour l'entreprise et pour l'ensemble (par leur prise en compte) des acteurs de l'entreprise. Je comprend cette théorie jusqu 'à là sans faille, cependant l'ensemble de cette démonstration s'appuie sur la mécanique « bien huilé » des marchés financiers et c'est sur ce point que je développe l'interrogation suivante: les marchés financiers, dans le cas français, servent-ils véritablement à financer l'économie nationale?
Peut-être est ce une autre originalité française, mais c'est un fait c'est l'autofinancement et l'endettement qui les financent... Les économistes parlent d'économie d'endettement pour des cas tels que la France, le modèle de Jensen peut-il être traduit en français ?
Rédigé par: Bruno AKLIL | 20 février 2007 at 19h51
Le questionnement est pertinent. Mais il faudrait lire Hirschman “intérêts et passions” pour poser les termes du débat et lire aussi les classiques (voir chez Alternatives Economiques “L’essentiel de l’Economie” novembre 2005).
Ceci dit, pour les néoclassiques l’origine de la valeur est un faux débat (exit les Physiocrates, Marx et les classiques) car ce qui importe c’est l’échange. Si ses conditions respectent certaines hypothèses alors le prix contenant toute l’information chacun peut optimiser sa fonction d’utilité. Cette affirmation repose sur un postulat fondant la recherche en sciences humaines, en particulier en finance et en économie: l’individualisme méthodologique. On ne peut comprendre le collectif qu’en partant de l’individu … Il y a au sein de l’économie des conventions un débat à ce sujet fort intéressant (voir Amable B., Palombarini S. (2005) : « L’économie politique n’est pas une science morale », Raisons d’Agir, Cours et Travaux ou Orléans A. (2004) : « Analyse économique des conventions », sous la direction de, PUF, Quadridge, 2ièm édition.)
Le texte de Jensen est intéresant en ce sens ( ce n’est que ma lecture) qu’il touche les limites de cette position épistémologique en posant la question de la coordination dans l’action d’acteurs différents afin d’atteindre un objectif commun (le bien être social) via un vecteur unique (la créqation de valeur actionnariale). Par là même il conduit à poser les questions que vous relevez.
Rédigé par: Bernard Paranque | 01 février 2007 at 07h48
Cet article me conduit spontanément à réfléchir sur ces deux sujets :
La notion de bien-être social
La difficulté de la fonction dirigeante
1. Comment définir ce qu’est le bien-être social ? Et surtout pourquoi peut-il être avancé comme étant le but ultime d’une organisation économique ? Au nom de quoi, selon quelles valeurs ?
En admettant que l’on puisse définir précisément le bien-être, on peut considérer le bien-être social comme une composante de celui-ci, lequel pourrait aussi être psychique. Dés lors le bien-être social va être circonscrit à des critères sociaux. Sans eux il serait impossible de définir ledit bien-être social mais surtout de savoir comment tendre vers celui-ci.
Quels pourraient être ces critères sociaux ? Ils devraient permettre de rendre compte de la qualité de vie des individus au sein d’une société : le taux d’alphabétisation, la place des femmes, le taux de mortalité infantile, le taux de fécondité, le PNB/habitants, l’espérance de vie, la qualité du système éducatif, le pouvoir d’achat, le respect des droits de l’homme et des libertés civique, la sécurité des personnes, etc. Ces indicateurs peuvent donner un aperçu du bien-être social au sein d’une société donné. Ils sont cependant limités à celle-ci : en effet, ces critères ne sont pertinents que pour rendre compte d’une société dite « développée » et démocratique.
Ainsi pour être défini, le bien-être social devrait se référer à un modèle de société à défaut d’une société modèle. On comprend alors pourquoi il est le but de l’économie puisque celle-ci se veut modélisable et régissant le fonctionnement de la société.
Ce lien du bien-être social avec l’économie occulte selon moi les valeurs que sont l’amour entre les personnes et la culture. Or ne seraient-elles pas toutes aussi importantes pour définir et rendre compte du bien-être social puisque parties intégrantes de notre vie sociale, de nos relations avec ceux qui nous entourent et de la façon dont nous trouvons ou non une place au sein de la société ?
2. Comment diriger, ou plutôt : comment prendre en compte des thématiques et des intérêts parfois antagonistes tout en gardant une cohérence d’ensemble et surtout en définissant un objectif précis et commun à tous ?
Cela m’amène à m’interroger sur les modalités de fonctionnement d’une organisation non pas pyramidale mais plus éclaté, formé d’entité autonomes. La difficulté est ici de conserver une cohérence d’ensemble entre ces entités. Pour dire les choses autrement il s’agit de trouver le meilleur compromis entre autonomie et esprit de groupe, réactivité et vision à long terme.
Rédigé par: JeanMarie XIMENA | 01 février 2007 at 07h44