Mieux travailler pour mieux vivre.
Vivre et travailler sont ils synonymes ? Si oui, est ce que le travail est seulement salarié ? En répondant non, nous devons alors réfléchir au sens du travail, sa diversité et les différentes manières de le valoriser. Si nous répondons non, non seulement il faut aussi se poser la question subsidiaire posée à la suite de la première, mais en plus il faut questionner les raisons du débat autour du travailler plus pour gagner plus.
J’en reviens donc au débat sur les 35 heures. Ce débat est idéologique au sens épistémologique de terme : « science qui a pour objet l'étude des idées » (Destutt de Tr., Mém. sur la faculté de penser ds Mém. de l'Inst. Nat. des Sc. et Arts, Sc. mor. et pol., t. 1, p. 325 ; source http://www.cnrtl.fr/etymologie/idéologie Centre National des Ressources Textuels et Lexical). Il s’agit donc d’idées que nous avons sur notre monde, il s’agit donc d’hypothèses aussi. En tout état de cause, cela est un construit social qui n’a rien ni de naturel, ni d’évident.
Dans ce débat, il y a donc aussi des idées implicites. L’une d’entre elle, est celle qui laisse entendre que le travail est rédempteur, sain car évitant l’oisiveté source de tous les maux que seul l’intérêt du gain peut contrer (travailler plus pour … gagner plus ; voir Hirschman « Passions et Intérêts » PUF). Pourtant, certains on fait l’éloge de la paresse …. Ce débat posé en ces termes est vieux comme le système ; déjà au 19° siècle il fallait enfermer les oisifs (voir Foucault « naissance de la clinique » et « surveiller et punir ») et, en premier lieu, ceux qui ne travaillaient pas, ainsi que lutter contre la charité qui était une forme perverse d’incitation à ne pas travailler, l’enfer étant pavé de bonnes intentions (comme quoi rien de nouveau sous le tripalium http://www.cnrtl.fr/etymologie/travail ).
D’autres insistent sur le fait que le travail ne peut pas être réduit à sa forme salariale et que le question est alors aussi celle de la place pour d’autres formes (privé, indépendant, associatif, bricolage et autres passions …).
L’intérêt de ce débat, et la force des tenants du « plus plus », est que pendant ce temps un autre débat est passé à la trappe ; celui des gains de productivité et de leurs usages ou affectation. Que le profit soit un surplus ou ce qui reste une fois vendu le produit, là n’est pas la question (quoique !), ce qui apparaît c’est qu’il provient de quelque part, d’un échange plus ou moins inégal. Pour les « plus plus », il y a pourtant un enjeu : comment maintenir la répartition actuelle des gains de productivité ? Cet enjeu peut être pris par le petit bout de la lorgnette sous un angle moral. Il me paraît plus intéressant d’expliciter l’hypothèse théorique sous jacente (déjà abordé dans mes notes). Celle ci consiste à dire que si l’actionnaire est correctement (bien ou trop ou pas assez selon les points de vue) rémunéré, il peut alors prendre les bonnes décisions et donc investir dans les bons projets qui lui sont présentés. Ceux ci trouvant à se financer, vont permettre d’investir (faire travailler des fournisseurs), d’embaucher et de former, et de satisfaire des clients qui vont à leur tour satisfaire des clients. Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Autrement dit on fait l’hypothèse que l’intérêt particulier de l’actionnaire est le meilleur moyen de réaliser l’intérêt collectif. Hypothèse forte certes mais qui a une certaine pertinence à condition de pouvoir la discuter, surtout si on se rappelle que notre démocratie, ou du moins ses fondements, résulte d’un système social fondé sur l’esclavage ! N’y a t il pas moyen d’avancer dans l’intérêt de tous et non au détriment d’une majorité ?
On pourrait penser que les tenants du « plus plus » nous disent, compte tenu de notre niveau de vie et pour préserver l’essentiel (qui serait à définir), que les gains de productivité doivent être affectés en priorité aux actionnaires et que donc pour gagner plus il faudra travailler plus. Dur mais franc.
Il me semble néanmoins qu’il y a place pour de la contestation, de l’interpellation, de la créativité ! Tout d’abord, comment justifier cette place centrale accordée à un acteur (comme on dit). Cet acteur exerce une fonction sociale important mais pourquoi confondre la fonction (investir) et le citoyen qui n’en est que le vecteur chanceux ? La seule différence entre les rêves d’un salarié (qui assure une autre fonction sociale, celle du travail) et ceux d’un actionnaire réside dans le niveau des ressources disponibles et la qualité du temps libre dont il bénéficie pour les réaliser (sans parler de l’histoire de chacun qu’un autre débat sur les droits de succession nous rappelle car c’est une autre manière de réintroduire l’idée de lignage, de féodalité, de droit de tirage sur l’avenir au nom du passé, du travail passé de quelqu’un d’autre). Cette différence entre les rêves des uns et des autres résulte de la manière dont nous décidons (au sein de la Cité) de la répartition des gains de productivité. Dit autrement, travailler plus pour gagner plus, c’est accroître l’intensité du travail (c’est à dire de ne retenir que la dimension quantitative ; http://www.cnrtl.fr/etymologie/intensité) au détriment de la productivité (c’est à dire la dimension qualitative ; http://www.cnrtl.fr/etymologie/productif).
Ne devons nous pas redonner aux citoyens la place qui leur revient dans la définition explicite et la réalisation effective du bien être collectif en lieu et place de la seule figure métaphorique de l’actionnaire à qui la finance a confié ce rôle ? Peut on accepter sans débat que la seule addition de maximisation de fonction d’utilité individuelle garantisse la maximisation du bien être collectif ? Rendre le consommateur citoyen, renforcer la responsabilité citoyenne des entreprises, beau challenge !!!

En effet il est vrai que pendant la campagne présidentielle le thème de « travailler plus pour gagner plus » a suscité de nombreuses et de vives réactions des détracteurs de l’actuel président de la république.
Je pense que vivre et travailler ne sont pas synonymes, ils sont plutôt interdépendants, pour travailler il faut vivre et pour vivre, pour satisfaire nos besoins naturels (se nourrir, se vêtir, se loger…) nous devons travailler, dans le sens salarial du terme pour avoir en contrepartie de son travail un salaire.
Toutefois il serait réducteur de dire que le travail est seulement effectué par nécessité, pour survivre. Kant dit que la nature fut économe en dotant l’homme par rapport a ses besoins, de telle manière qu’il se doit d’assurer par lui-même son contentement en le tirant de son travail. Pour Kant le travail amène donc au bonheur, pas seulement au bonheur purement matériel mais dans le sens humain du terme (estime de soi, accomplissement…)
Nietzsche expliquait que derrière le travailleur, il y avait l’affirmation de l’individu, l’affirmation de soi. Il est courant de toujours mettre en avant une unique raison de travailler, celle de l’argent, mais cela traduit plutôt notre mentalité occidentale que le sens réel du travail.
Il est vrai de dire que le travail est rédempteur, il nous empêche de nous ennuyer, mais Jean jacques Rousseau dit que le travail est un moyen de parvenir au repos, pour lui c’est alors la paresse qui nous rend laborieux. Cette analyse, je la trouve tout à fait juste, le commun des mortels travaille pour être apaisé par la suite, travailler au maximum pour accumuler des richesses et des biens pour ensuite se retirer en toute tranquillité, et ne plus être obligé de travailler. Mais le problème est que tout le monde ne réagit pas comme cela de nombreuse personne s’ennuie au moment tellement attendu de la retraite. Le travail les maintenait actif. D’ailleurs je trouve que le mot actif n’est pas anodin pour qualifier un travailleur, une fois qu’il ne travaille plus il devient inactif, donc inutile et sans intérêt pour l’ensemble de la population.
Le travail n’est pas seulement salarial, loin de là. Il existe tout type de travaux tel que le bénévolat, les passions… Ils apportent tous quelque chose à la personne qui l’effectue. La raison numéro 1 est certainement le besoin de s’occuper, par exemple le jardinage ou le bricolage, mais pas seulement, la personne peut y trouver un certain bien-être. L’homme à besoin de se sentir utile, de se sentir quelqu’un.
Ceci n’est que la base du problème, en effet comme vous l’évoquez le vrai débat se trouvent sur les gains de productivités et leurs usages.
Les gains de productivité sont le résultat d’un échange. L’échange se produit dans un cercle d’institutions comme l’entreprise, la famille…
Je trouve que la théorie des « plus plus » est véritable. En effet, les auteurs Alain Béraud et Gilbert Faccarello expliquent que les patrons constituent un filtrage au niveau duquel est exercé un prélèvement sur l’actif social. Selon eux ce filtrage est justifié car les gens qui l’effectue assument une responsabilité vis a vis de la cohésion sociale, de l’intégration. En d’autre mot, ils expliquent que les patrons prennent plus de stocks options et qu’en contrepartie, ils assument la responsabilité de la réussite économique.
Selon moi il est tout à fait concevable que les dirigeants aient un salaire largement plus élevé que la totalité des salariés, mais je trouve qu’il y a tout de même d’énormes abus. Prenons l’exemple d’un certain Bernard Arnault (PDG du groupe LVMH, plus grande fortune de France et figurant dans le top10 des plus grandes fortunes mondiales). Sachez que M. Arnault en 2006 s’est vu attribué 25,15% du nombre d’options attribuées dans la société soit plus de 450 000 options sur un total de 1 789 359, ce qui est tout de même colossal. Et ce n’est pas le seul, autre exemple Carlos Goshn qui lui s’est vu attribué en 2006 plus de 1 300 000 options sur les 7 638 700 attribuées par Renault dans le groupe.
Je trouve cela tout de même exagéré, certes on peut dire que tout travail mérite salaire, mais M. Arnault n’a certainement pas besoin de ce type de rémunération mirobolante.
Malgré ce type d’exemple outrageant je trouve le concept tout à fait vrai, les dirigeants n’ont pas les mêmes responsabilités que les autres employés, de plus les actionnaires sans qui parfois l’entreprise n’existerait même pas, on le droit de réclamer leurs dividendes et de vouloir augmenter les gains de productivités. Ce qui selon moi est un juste retour des choses, l’actionnaire a cru au projet et a couru un certain nombre de risque pour le mener à bien.
En effet pour gagner plus il faudra travailler plus mais compte tenu du progrès technique, de la technique acquise au fil des années, de l’apparition des machines, on pourrait en effet penser qu’il n’est pas utile qu’autant de personnes travaillent, et travaillent aussi longtemps.
De plus est il autant nécessaire de gagner plus car ceci est un véritable cercle vicieux. On veut gagner toujours plus, pour ensuite acquérir encore plus, avoir toujours plus. Avant le travail était considéré comme nécessaire lorsque la production était basse (période de la reconstruction, les besoins étaient gigantesques). Nous pouvons poser une autre question, dans notre société comment devons-nous gérer une augmentation de la productivité, et donner un sens au travail qui est exercé ?
La question des droits de succession est très intéressante. Les droits de succession sont qualifiés par certains courants de pensées (marxistes, anarchistes...) d’outil de reproduction de la classe dominante. Il est vrai qu’il n’est pas très juste d’hériter du fruit de labeur de quelqu'un d’autre. Cela sous-entend que les hommes ne partent pas égaux, en effet certain n’ont aucun héritage et d’autres héritent de la fortune familiale. Dans un soucis d’égalité parfaite, les libéraux eux prônent la disparition des droits de succession.
Pour ma part je trouve cette idée assez intégriste, certaines personnes se sacrifient littéralement pour que les générations futures puissent vivre aussi bien, voire mieux que les générations précédentes, ce qui rend légitime l’héritage à mes yeux.
Certes la différence des rêves des uns et des autres est basée sur la répartition des gains de productivité par les dirigeants. Mais les gains de productivité sont-ils bien réparti, en effet on peut penser que les dirigeants s’accordent des facilités, ce qui fausse le principe d’égalité.
Certes travailler plus pour gagner plus signifie que la personne doit travailler plus en quantité et non pas en qualité. Compte tenu des profits demeurés réalisés par quelques entreprises, ne pourrait-on pas penser que le travail ne doit plus se mesurer en quantité, mais plutôt en qualité compte tenu des nombreuses innovations technologiques. En effet, la durée moyenne du temps de travail européen est à environ 38h par semaine. Compte tenu de la croissance actuelle de l’Europe (environ 2,8% par an), il serait plus judicieux de privilégier la qualité plutôt que la quantité. Un autre système de rémunération serait alors plus juste, prendre en compte la quantité du travail effectué et non pas la quantité. Il serait alors possible de travailler moins et gagner plus, tout dépendrait de la qualité de notre travail et non pas de la quantité. Pourquoi travailler autant si on ne peut pas profiter des fruits de son labeur
Pour ma part je suis plutôt pour une délégation du pouvoir, c’est-à-dire que le peuple donne le pouvoir à une élite, celle-ci assure en contrepartie la sécurité et la prospérité de la collectivité tout entière. Je rajouterais à cette idée le fait que les dirigeants soient plus justes lors du partage des gains de productivité et ne se favorisent pas systématiquement lors de ce partage. Je pense qu’il serait beaucoup trop dangereux de donner la responsabilité aux employés, tout d’abord sur un plan économique mais aussi social. Tous ne sont pas compétents pour assurer la gestion d’une entreprise, de plus ce genre de système pourrait faire apparaître des tensions entre les employés eux-mêmes, tandis que lors qu’il y a une hiérarchie ils la respecte généralement.
Travailler plus est il la bonne solution pour gagner plus ? Tout dépend de ce que l’on entend par gagner plus.
Bibliographie :
• http://www.touteleurope.fr/fr/union-europeenne-en-action/les-politiques-europeennes/emploi-affaires-sociales/comparatif-sur-le-temps-de-travail.html, Chiffre sur la moyenne du temps de travail européen, visité le 6/10/07 à 21h36.
• http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-38, Chiffre de la croissance moyenne européenne, visité le 9/10/07
• http://sergecar.club.fr/cours/travail1.htm , sens du travail de façon philosophique.visité le 7/10/07 à 17h15.
• Kant, Emmanuel, réflexion sur l’éducation, Vrin
• Alain Béraud et Gilbert Faccarello, Nouvelle histoire de la pensée,
• Georg Stimmel (1991), Sociologie et épistémologie ,PUF, coll. « Sociologies »,
• Nietzsche, Friedrich, Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, Gallimard, 1970.
• De la roque, Jean-pierre (2007), « La vérité sur le partage des stocks-options », in « Challenge’s », n°91, pages 74 et 75
Rédigé par: GIUSTI Nicolas | 26 octobre 2007 at 12h53
Une vie est-elle possible aujourd'hui sans travail ? Notre société n'a-t-elle pas exclu tous ceux qui ne participent pas à la production (les artistes, en particulier). Notre société rémunère le travail et rémunère aussi l'oisiveté, n'est-ce pas une manière de se protéger contre les déviances dont seraient menacés ceux qui travaillent de la part de ceux qui ne travaillent pas (charité, vols, attaques seraient inévitables). Le système n’assiste pas les oisifs par charité mais protège les travailleurs. Le travail est depuis toujours un fondement de la survie, de la vie et de notre société.
Malthus dans Essai sur le principe de population s’opposait aux lois d’assistanat des oisifs. Selon lui, ces lois conduisent à une population plus importance sans nécessairement augmenter les ressources disponibles. Dans l’apologue du banquet (Ajouté dans l’édition de 1803), Malthus propose l’abolition de ces lois, en effet « Un homme qui est né dans un monde déjà occupé n’a aucun droit de réclamer la moindre nourriture (…). Au grand banquet de la nature, il n’y a point de couvert disponible pour lui » (Malthus, 1798).
Paul Lafargue s’y oppose formellement dans Le droit à la paresse où, bien avant les congés payés et les 40 puis 35 heures, il proposait déjà, faisant l’éloge de l’oisiveté, de travailler moins : « Il faut que le prolétariat (…) retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. » (Lafargue, 1880).
Bertrand Russel confirme ensuite cette vision, par son éloge de l’oisiveté. Il écrit : «Croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne [...] la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail» (Russel, 1932).
Moins travailler (35 H) implique-t-il mieux ou vivre plus ? Selon Jean-Michel Leterrier « L’articulation entre temps libre et temps de travail n’est pas régie selon le principe des vases communicants. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, moins de travail n’est pas forcément synonyme de plus de temps libre » (Leterrier, 1999). L'idée même de réduction ou de limitation précise de temps de travail, de programmation des temps « libres » ou libérés n'est-elle pas contradictoire avec l’idée d'optimisation et de liberté même qui habite le mieux vivre et le mieux travailler ?
De plus, moins travailler implique gagner moins, donc voir son pouvoir d’achat diminuer. Ainsi, le temps libre libéré s’avère dérisoire s’il ne peut pas être exploité faute de moyens (loisirs en particulier). Paul Yonnet souligne également, la dépendance loisir/travail. Selon lui, le loisir n’est véritable que pour celui qui travaille ou a travaillé, car le loisir n’est défini que par l’absence provisoire du « temps contraint » imposé par le travail (Yonnet, 1999).
Travailler plus a-t-il une signification ou une implication mesurable ? On peut travailler quantativement beaucoup et travailler mal, consommer beaucoup et vivre mal. L’idée de quantité, en matière de travail ou de vie est d’une relative insignifiance. La notion à prendre ici en considération est celle de productivité, il ne faut pas travailler plus pour produire plus mais produire plus en travaillant moins. L’amélioration de la productivité occupe une place centrale au sein des économies actuelles. Le toyotisme (dont le fonctionnement est hérité du taylorisme et du fordisme) constitue un modèle d’amélioration de la productivité par une participation active des salariés au sein de l’entreprise et une recomposition du travail méthodique. Les avancées technologiques contribuent indéniablement à l’amélioration de cette productivité.
Il convient maintenant d’étudier l’équilibre travail/vie car la vie ne peut se limiter au travail. Mais là, la vie est considérée dans son acceptation de « no travail » qui est discutable. Elle est seulement le fait de ceux qui considèrent leur travail comme une tâche qu’il convient de se débarrasser pour « vivre pleinement » et non comme un élément de réalisation et de vie, à part entière.
La question de fonction socialisante du travail est ici importante, car le travail permettrait donc de vivre mieux, puisqu’on a trouvé sa place, qu’on a ce sentiment d’appartenance. Cependant, la question de cette « fonction socialisante » est relative. Pour Jean-Marc Ferry, «le plus important dans la période de mutation actuelle, ce n'est pas seulement le découplage entre la croissance de la production et l'amélioration de l'emploi, mais aussi la perte de la fonction socialisante de l'économie par son détachement de la société civile. Quand émergea l'illusion d'une société civile autonome, au début du XIXe siècle, l'économie avait un rôle socialisant ».
Quand on travaille mieux, on vit mieux, bien travailler c'est travailler avec application, conviction, talent et organisation. On pourrait dire travailler « avec goût », avoir du goût pour son travail, comme on a le goût de la vie. On pourrait, mais cela reviendrait à se mentir, tout homme n’aime pas son travail, il peut l’exercer par pure nécessité, une fatalité qui selon Georg Simmel est due à l’inhérente inégalité de l’être humain qui va nécessairement à l’encontre de la liberté, comme celle de choisir son métier, ou du moins, de s’y plaire (Simmel, 1981). Toutefois, ce temps de travail est une action et un moment de vie, un moment à passer et autant le passer le mieux possible.
D'ailleurs, peut-on quand on recherche le Mieux travailler, le séparer du Mieux vivre ? Peut-il y avoir dans cette recherche du mieux, un temps pour travailler et un temps pour vivre ? Car le travail étant un temps et une action de vie, peut-on l'écarter de ses pensées à la fermeture de la porte de son bureau ? On ne peut réduire le concept de travail aujourd'hui, dans la majorité des situations professionnelles, à une série de gestes dénuée de réflexion. Comment pourrait-on imposer à sa réflexion un « marche-arrêt » ?
Peut-être est-ce une idée réductrice d'éloigner ou de repousser l'élément de mesure du travail, l'argent, cet argent qui permet de faire sa vie. Ne faut-il pas dépasser dès qu'on peut se le permettre cette contrepartie ou est-ce idéaliste ? Ne faut-il pas travailler son savoir travailler tout comme son savoir vivre ? N'est-ce pas le but de toute entreprise sociale ou commerciale ? N'est-ce pas la condition de toute réussite personnelle et collective ?
Bibliographie :
Malthus, Thomas, (1798), Essai sur le principe de population, Londres.
Lafargue, Paul, (1880), Le droit à la paresse, Paris, L'Egalité.
Russel, Bertrand, (1932), Eloge de l’oisiveté, Londres, Review of Reviews.
Leterrier, Jean-Michel, (1999), Y a-t’il une vie après les 35 heures ?, Paris, Editions de l’Atelier.
Yonnet, Paul, (1999), Bibliothèque des sciences humaines, Paris, Gallimard.
Simmel, Georg, (1981), Sociologie et Epistémologie, Paris, Presses Universitaires de France.
Rédigé par: Gicquel Loïc | 25 octobre 2007 at 10h26