Accroître la productivité ou l'intensité du travail?
Le débat sur le pouvoir d’achat est au cœur de l’actualité. Il fait écho à celui du « travailler plus pour gagner plus » laissant aux oubliettes le partage des gains de productivité.
Au même titre que l’investissement est un pari sur l’avenir, le salaire est une promesse d’achat dans le futur. L’un ne peut pas aller sans l’autre : s’il n’y a pas une demande solvable anticipée, il ne peut pas y avoir d’investissement.
« La productivité, c'est-à-dire la capacité à produire davantage de biens et de services en utilisant moins de travail et de capital, joue un rôle central dans la croissance économique. Son augmentation permet en effet d'éliminer les goulots d'étranglement qui empêchent de produire davantage tout en rémunérant mieux le travail et le capital mobilisés dans la production. Ce qui, en retour, alimente la croissance, via l'accroissement de la demande de consommation et d'investissement. Un cercle vertueux. » (source : Alternatives Economiques - Hors série - n°058 - Octobre 2003).
La question qui m’intéresse est de savoir pourquoi insiste-t on sur le « travailler plus » alors que la productivité est l’expression d’un « travailler mieux » ou du moins différemment ? Pourquoi alors, ne pas accroître les gains de productivité globale de tous les facteurs ?
La réponse est à chercher dans le débat sur le partage des richesses comme le montrent ces statistiques.
Résultat net après impôts et dividendes, en milliards d'euros

Source: Alternatives Economiques - n°265 - Janvier 2008.
En 2006, il a été distribué plus de richesses que de profit net qui était dégagé de cette dernière ! « En 2006, elles ont ainsi distribué plus de 76 milliards d'euros de dividendes ou assimilés, un record historique! Alors qu'elles n'ont engrangé qu'un résultat net (après impôts) de 52 milliards. La différence (24 milliards), elles ont dû l'emprunter ou, dans certains cas, réduire la voilure des investissements, en ne renouvelant pas ceux qui étaient amortis. » (Source : Alternatives Economiques - n°265 - Janvier 2008).
Si la rémunération du capital est privilégiée, alors il ne reste plus qu’accroître l’intensité du travail, c'est-à-dire le nombre absolu d’heures travaillées, les heures supplémentaires.
Dividendes nets distribués, en % des salaires nets

Source: Alternatives Economiques - n°265 - Janvier 2008.
« Depuis une vingtaine d'années, dans les pays industrialisés, statistiques et études de terrain convergent vers ce constat: les progrès techniques, les qualifications plus élevées, le déploiement des emplois de services n'ont pas entraîné une amélioration générale de la qualité de vie au travail. Les recherches de disciplines diverses, au plan international, apportent à ce paradoxe une explication majeure: une accentuation de l'intensité du travail.
Tentons une définition: l'intensité du travail désigne le degré de mobilisation forcée des capacités humaines dans l'activité professionnelle. L'idée de mobilisation indique que les femmes et les hommes au travail font appel à ces capacités pour répondre à une demande pressante, fondée sur des exigences de compétitivité de l'entreprise, des défis à relever en matière d'objectifs. Les "capacités" qu'il s'agit de mobiliser peuvent être aussi bien physiques (un effort important, une posture difficile) que mentales (attention permanente, sollicitations nombreuses, décisions compliquées). Et cette mobilisation est forcée quand les contraintes de travail, notamment la pression du temps, resserrent les espaces de liberté. Les possibilités d'adopter des stratégies individuelles... » (source : Santé & Travail - n°57 - Janvier 2007).
Ceci est un choix. En effet, contrairement à ce qui est « rabaché », la productivité du travail en France soutient largement la comparaison avec celle des pays développés.

Source: Alternatives Economiques - n°260 - Juillet 2007.
Produit Intérieur Brut (PIB) …

Source: Alternatives Economiques - Hors série - n°70 - Octobre 2006.

Source: Alternatives Economiques - n°258 - Mai 2007.
Tout se passe donc comme si le débat sur la productivité et la répartition de ses gains revenait en fait à entériner la décision d’accroître l’intensité du travail comme seul source de pouvoir d’achat. Le problème est alors que si la distribution de dividendes est privilégiée, alors c’est l’investissement qui est pénalisé aussi, et donc les conditions de la croissance elle-même.
Investissements nets, en % de la valeur ajoutée des sociétés

Source: Alternatives Economiques - n°265 - Janvier 2008.
Ce recul, même relatif, de l’investissement pèse en retour sur les gains de productivité ce qui renforce les contraintes de rentabilité.
Gains de productivité par emploi (en moyenne annuelle), moyenne des gains de productivité et moyenne du taux de croissance du PIB par décennie (en %)

Source: Alternatives Economiques - n°261 - Septembre 2007.
A défaut de ce levier, si on veut néanmoins maintenir, voire accroître, le niveau de rémunération des actionnaires, il faut alors augmenter l’intensité du travail pour produire plus tout en maîtrisant la répartition des richesses compatibles avec les exigences (posées par qui ?) de rémunération du capital, en particulier contenir les hausses de salaires, réduire les prélèvements obligatoires et maintenir les taux d’intérêt à un bas niveau (pour atténuer le poids des charges financières). L’autre solution est de favoriser la productivité des facteurs en soutenant l’investissement tant matériel qu’immatériel par l’amélioration des anticipations de la demande, donc des salaires.
(le fichier avec les graphiques est en ligne sur http://pagesperso-orange.fr/bparanque/download/productivite.pdf ).







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