Je rentre du Cameroun, de Yaoundé plus précisément. J'ai deux images, deux ressentis. L'une est l'extraordinaire esprit entrepreneurial qui y règne et que j'avais déjà noté à Accra. L'autre est à la fois le choque de la pauvreté ET de l'abondance ! Pauvreté par rapport aux pays occidentaux mais abondance aussi car on peut trouver de tout ou, plus exactement, il y a des tas de choses proposées par le gamin avec ses cacahuètes ou par l'artisan sur le trottoir mais aussi dans les magasins. Quand je dis abondance ce n'est pas au sens occidental mais c'est par contraste entre l'image que nous pouvons avoir des pays émergents gérant la pénurie (même si'l y en a) et l'énergie de débrouille, d'initiatives, bref d'esprit d'entreprendre que traduit la lutte quotidienne pour vivre. Bien sûr qu'il y a la contrainte de la nécessité mais en même temps on perçoit le potentiel latent de croissance ...

Le "choc de la pauvreté et de l'abondance" m'amènent à penser qu'il y a une définition occidentale (et donc considérée par nous occidentaux comme universelle ... :-() de la pauvreté: pas de télé, pas d'équipement électro-ménager, pas de tout ce surplus qui entraîne si fréquemment le surendettement de familles occidentales happées par la société de l'avoir dans laquelle nous vivons. Et qui les happent aussi, ces Africains hypnotisés par ce mythe de l'Occident porteur de tous les espoirs les plus fous, y compris les plus impossibles. Quitte à laisser la vie sur le chemin qui mène à cet Eldorado légendaire. La richesse de ces sociétés se situe à un autre niveau, mais ni eux ni nous ne savons le mettre en valeur, même si notre Occident étouffé sous son trop plein de tout (sauf d'espoir et d'envies) se prend lui aussi à rêver à un retour à des envies/besoins plus simples, qui laissent toute leur place à des valeurs communautaires, humaines, spirituelles. Mais ce sont là des pulsions individuelles qui n'ont pas encore d'impact sur (toutes) les politiques, y compris économiques. J'aime à croire que "le 21° siècle sera spirituel ou ne sera pas" et que ce post et ce commentaire paraîtront décalés avant la fin du siècle. Si quelqu'un est encore là pour nous lire.
Rédigé par: Emmanuelle M. | 17 juillet 2008 à 08h45